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Lutte contre les violences Saint-Denis

Inna Modja - Héroïne parmi d’autres

Depuis 2016, la chanteuse franco-malienne est la marraine de la Maison des Femmes, lieu de soins et d’écoute pour les femmes victimes de violences adossé à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis. INTERVIEW

Pourquoi cet engagement au côté de la Maison des Femmes de Saint-Denis ?

« J’ai rencontré Ghada Hatem (médecin et fondatrice de la Maison des Femmes) quand elle cherchait des fonds pour créer ce lieu. J’ai tout de suite eu envie de m’investir à ses côtés car je suis militante contre l’excision et les violences faites aux femmes depuis que j’ai 19 ans (la chanteuse a elle-même été victime d’excision au Mali à l’âge de 4 ans et demi, contre l’avis de ses parents, ndlr). J’ai tout de suite cru à son projet car cette femme peut déplacer des montagnes. »

En quoi la Maison des Femmes est-elle différente d’un hôpital ?

« Je dirais que c’est complémentaire. L’hôpital est dédié aux soins médicaux, la Maison des Femmes propose à la fois soins et prise en charge globale (avec des médecins, des psychologues, des conseillers conjugaux et même des juristes). Cette maison est organisée en trois grands axes : le traitement des violences conjugales, les cas d’excisions et le planning familial (aide à la contraception ou à l’avortement). »

Sur l’excision, c’est un fléau qui concerne encore 200 millions de femmes dans le monde. Avance-t-on sur ce sujet ?

« Oui, mais trop lentement à mon goût. Aujourd’hui, l’excision est encore pratiquée non seulement dans les pays d’Afrique, mais aussi en Asie et même dans certains pays d’Amérique du Sud (Pérou, Colombie). Cela prouve bien que ce n’est pas une question de religion, mais de tradition, de domination masculine. En 2015, l’ancien secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon m’avait invitée à New York pour lancer une campagne d’éradication de l’excision en 2030. Le chemin est encore long, mais moi j’y crois. »

Début février, la Maison des Femmes est entrée dans une nouvelle étape de sa vie…

« Oui, nous avons lancé le mouvement « Soyons des héroïnes ». Cela consiste en un appel aux dons via la plateforme de crowdfunding GoFundMe. L’objectif est d’ouvrir d’autres Maisons des Femmes un peu partout en France car malheureusement, il y a de vrais besoins. 250 000 femmes sont encore victimes de violences aujourd’hui en France (l’ouverture d’une maison à Bordeaux est imminente, ndlr). »

A côté de la Maison des femmes, le Département de la Seine-Saint-Denis se mobilise aussi depuis longtemps à travers l’Observatoire des violences envers les femmes qui a notamment mis en place un téléphone d’alerte pour prévenir les cas de récidive dans les violences conjugales…

« Je ne connais pas ce travail en détail, mais ça me semble une excellente idée. Toutes les innovations dans ce domaine sont les bienvenues. Encore une fois, ce sujet concerne tout le monde : les institutions, les femmes, mais aussi les hommes... »

L’affaire Weinstein et ses conséquences ont-elles selon vous libéré la parole des femmes ?

« Pour moi, il ne faut pas tout mélanger : les violences conjugales et le harcèlement ou les agressions sexuelles, ce sont des choses différentes. Les violences faites aux femmes prennent hélas beaucoup de formes différentes. Après, sur la question du harcèlement sexuel, oui bien sûr : c’est une très bonne chose qu’on ait pu dire du jour au lendemain à quelqu’un d’aussi important qu’il était en plein abus de pouvoir et que des milliers de femmes dans la foulée de cette affaire aient choisi de ne plus se laisser faire. »

Cette préoccupation des violences faites aux femmes se retrouve aussi dans certains textes de vos chansons...

« Bien sûr, je considère ça comme une forme d’activisme. Ca fait passer le message d’une autre façon. En 2014 par exemple, j’avais enregistré « La Valse de Marylore » pour sensibiliser le public aux féminicides. Et le 3 mai prochain, dans le cadre de la campagne Soyons des Héroïnes, nous organisons un concert avec de nombreux artistes qui sera diffusé sur les réseaux sociaux. Il faut utiliser tous les moyens possibles pour attirer l’attention sur ce fléau de société. »
Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?

https://www.gofundme.com/soyonsdesheroines

Propos recueillis par Christophe Lehousse
Photo : Sipa Press


Inna Modja, le métissage comme signature

« Je viens d’un pays, le Mali, qui est un pays de musique où on a le blues du désert, mais je me laisse aussi bercer par des influences comme le hip-hop, l’électro. Au final, ma musique est à mon image : mélangée… » Inna Modja a de jolies formules quand il s’agit de définir sa touche musicale. Sur ses trois albums, cette éternelle voyageuse, toujours à bourlinguer quelque part, dit son goût du mélange, de la symbiose. Un métissage qui se retrouve aussi dans les langues employées dans ses chansons : bambara – une des langues nationales du Mali - français, anglais, elles disent la citoyenne du monde qu’est Inna Modja.
Son dernier album- « Motel Bamako », sorti en 2015 - est toutefois un retour aux sources : le titre déjà ressuscite l’époque bénie où elle se forma au chant dans le Rail Band – l’orchestre du buffet de la gare de Bamako – de Salif Keita. « Salif est un personnage hors du commun. Il a une histoire tellement forte et difficile, quand on sait à quel point c’est dur d’être albinos en Afrique. Il a été un de mes premiers mentors », explique Inna Bocoum, dont le surnom « Modja » signifie la petite peste, la teigne. « C’est ma mère qui me surnommait ainsi parce que j’étais rebelle, que je voulais toujours tout savoir », explique la chanteuse de 33 ans.
Dans ses textes aussi, Inna n’hésite pas à se faire peste, à mettre du mordant. « Tombouctou », où on la voit en compagnie de sa grand-mère, sa mère et de ses nièces, dénonce ainsi en bambara la guerre qui fait rage dans son pays natal, s’acharnant comme toujours sur les plus vulnérables- civils et parmi eux femmes et enfants. Et « Boat people », chanté avec l’icône malienne Oumou Sangaré, rappelle le drame des migrants ou des réfugiés africains – ces catégorisations administratives sont dénuées de sens pour elle. Plus réjouissant, Inna Modja reformera bientôt « Les Parisiennes », groupe yé-yé des années 60, en compagnie d’Arielle Dombasle, Hélène Noguerra et Mareva Galanter. Parisienne et malienne, c’est tout Inna ça.

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