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Hommage à Solveig Anspach

Vendredi 28 septembre, le collège Solveig-Anspach qui a ouvert ses portes à la rentrée 2018 à Montreuil-Bagnolet, s’apprête à être officiellement inauguré. L’occasion de rappeler qui était Solveig Anspach, réalisatrice montreuilloise décédée en 2015 et tombée amoureuse de son petit bout de Seine-Saint-Denis. Nous avions eu la chance de la rencontrer début 2015.

article paru dans le magazine de la Seine-Saint-Denis en juin 2015

« Les gens m’inspirent, je regarde la manière dont ils marchent, dont ils parlent… », explique Sòlveig Anspach. Alors elle se plaît à déambuler dans les rues de Montreuil, à flâner sur une terrasse de Bagnolet, là où elle réside depuis plus de vingt ans maintenant. Sa maison, au fond d’une sente, lui ressemble. Des objets chinés ici et là, des couleurs, de la chaleur. « C’était peuplé de squats ici il y a vingt ans », s’amuse-t-elle à raconter. Elle se souvient du regard inquiet de ses amis, ceux-là mêmes qui aujourd’hui l’envient ou l’ont rejointe. Elle aurait pu choisir une banlieue plus huppée. « Un quartier riche ? », l’idée la fait rire. « Mais c’est une autre planète pour moi ! Je m’y ennuierais beaucoup ».

Et il suffit de voir l’un des films de la réalisatrice pour comprendre son univers. Dans "Queen of Montreuil", sorti en 2013, on retrouve la place de la Fraternité, tout près de chez elle. Sa caméra, intimiste, rend les lieux poétiques, les personnages à la fois drôles et touchants. « J’ai rencontré des gens dans la rue, dans des cafés, qui jouent dans mes films. J’aime ce mélange entre amateurs et professionnels, car les personnages sont davantage dans le rebond ».

« Ce que j’aime, ce sont les histoires fortes »

Le mélange, elle l’aime tout court. Mélange des origines qui font que des cultures se croisent et cohabitent. Normal, pour cette fille d’un père américain né à Berlin et d’une mère islandaise… Son père fera le débarquement de Normandie durant la guerre. Il reste en France, s’inscrit aux Beaux-Arts où il rencontre sa mère qui étudiait l’architecture… Ils se marient à New York, et la sombre période du McCarthysme les fera revenir à Paris. « Je crois que mes films, tous extrêmement différents les uns des autres, racontent un peu tout ça ».

Le cinéma, elle en rêvait, depuis toujours. « Mais je ne connaissais personne dans le milieu ». Alors elle tente le concours d’entrée de la prestigieuse école de la Femis. Une fois, puis deux… la troisième sera la bonne. Entre temps, elle opte pour des études de philosophie et de psychologie clinique à Paris. La jeune diplômée de la Femis aurait pu choisir la fiction, elle lui préférera d’emblée le film documentaire. En guise de premier film, elle signe le portrait d’une jeune kleptomane (Sandrine à Paris, 1990). « Ce que j’aime, ce sont les histoires fortes. Faire un film sur qui aime qui avec pour décor une cuisine à Paris, je ne sais pas faire ». Celle qui apprécie les œuvres des frères Dardenne et de Ken Loach affronte le réel. Elle ira au Kosovo interroger les Casques bleus (Sarajevo, paroles de Casques bleus, 1995), puis retrouvera ces mères de famille qui quelques années auparavant avaient braqué des banques dans le Vaucluse (Que personne ne bouge ! 1998).

Des États-Unis à l’Islande en passant par Montreuil

La fiction la rattrape avec "Haut les cœurs" (1999), un premier long-métrage en prise directe avec son vécu. Elle y raconte l’histoire d’Emma, enceinte (Karin Viard) qui apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. Le film connaît un beau succès, remporte de nombreux prix à l’étranger et vaudra à Karin Viard le César 2000 de la meilleure actrice. Après cette aventure forte, Sòlveig Anspach éprouve le besoin de réaliser un film qui donne sens à sa vie.

En lisant le journal, elle découvre l’histoire de ce très jeune noir américain, Odell Barnes, condamné à mort. « Je voyais dans le destin de cet homme condamné une sorte d’écho au personnage d’Emma, atteinte d’un cancer… », explique-t-elle. Sur place, elle reconstitue les faits, accumule les témoignages. Odell Barnes sera exécuté un 1er mars au Texas.

Elle dénonce dans son documentaire le système judiciaire américain. Celle dont le papa a fuit le McCarthysme et dont le tonton inventa « l’anti-Monopoly », un jeu dans lequel les petits se regroupent et s’associent contre les gros, n’oublie jamais ses racines. Côté maternel non plus. Dans son long métrage "Stormy Weather", elle tourne à Vestmannaeyjar, son île natale. « Visuellement, l’Islande est un endroit très fort, superbe ». Solveig Anspach, telle qu’elle est : une citoyenne du monde.

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