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Mobilité internationale

Erasmus +, pourquoi pas toi ?

Présentatrice télé, députés européens, président du Département, et 150 jeunes des lycées pro et missions locales du 93 étaient réunis vendredi 12 octobre pour une grande opération de promotion du dispositif Erasmus +, qui permet aux jeunes non-diplômés de partir en Europe pour faire des stages, des apprentissages ou des volontariats. Récit.

Un bourdonnement s’échappe de l’immeuble « Papillon » du Conseil départemental à Bobigny, en ce début d’après-midi. A l’intérieur, 150 jeunes venus de lycées professionnels, de CFA, de missions locales, d’écoles de la deuxième chance viennent assister à la présentation du dispositif « Erasmus + ». Nora Hamadi, journaliste, présentatrice, et surtout ce jour-là animatrice, dégèle l’atmosphère... en mettant le feu à la salle. « Qui sait ce qu’est Erasmus ? Toi là-bas ? Allez, fais pas ta timide, on est en famille ici ! Eh les garçons qui ricanent là-bas au fond je vais venir vous cuisiner ! ». Les rires fusent, chacun se détend et s’approprie le sujet en bavardant avec son voisin.

Ouvrir Erasmus à tous les jeunes

Le discours introductif de Stéphane Troussel, le président du Conseil départemental, force l’attention et le silence. « Erasmus a rapproché les Européens. Connaissez-vous « L’Auberge espagnole » ? Le film a donné envie à toute une génération de partir visiter l’Europe, d’en rencontrer les habitants, d’en connaître la culture, de manger, de boire, d’aimer européen... Pourtant, une critique est régulièrement faite au dispositif Erasmus qui ne s’adresserait qu’aux jeunes diplômés. Notre initiative vise à y mettre fin », expose le président du Conseil départemental. Mathieu Roumégous, directeur de l’agence Erasmus plus « Jeunesse et Sports », décline les modalités pour vivre une telle aventure. « Il y a Erasmus pour les gens qui ont vingt ans, qui sont en licence, et veulent passer un ou deux semestres en Europe, ça, c’est le canal historique. Avec Erasmus +, tous les 16-30 ans peuvent vivre une « mobilité ». Elle peut durer de deux semaines à un an, pendant lesquels on peut faire un stage, un volontariat européen, un apprentissage, ou une année de césure », répond le directeur aux questions de Nora Hamadi. Pour obtenir de l’Union européenne le financement du déplacement, de l’hébergement, de la nourriture et de l’argent de poche, le jeune explorateur doit s’adresser à des associations telles Parcours le Monde ou Concordia, qui préparent le voyage avec lui, le soutiennent et l’accompagnent.

Mandarin et bambara

Nora Hamadi revient sur le devant de la scène, façon stand-up : « Et vous, vous parlez des langues ? ». Elle plante son regard sur un jeune. Son voisin raille « Il parle soninké et bambara ! ». L’animatrice répond du tac au tac : « Et alors ? Arrêtez de penser que les langues que vous parlez sont des sous-langues ! Vous ne vous rendez pas compte de l’atout que cela peut être de parler turc, mandarin ou bambara. J’ai des amis qui travaillent à Dubaï et qui gagnent des fortunes grâce à cela. C’est un capital à mettre en avant ! ». Les 150 jeunes sont ensuite priés de se diviser en groupes pour participer à des ateliers. Sur de grands « paper boards », des équipes tentent de lister les freins à la mobilité, d’autres, les apports du voyage. Elles sont encadrées par des membres de l’association des « Jeunes Européens », qui tentent de stimuler les réponses des participants. De dos, l’assemblée se compose de nattes noires entremêlées à des mèches rouges ou bleues, tissées de fils argentés ou serties de petits bijoux dorés.

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A la table d’Awa, Chadni, Sylvania, Maurice et Yannis, la conversation s’engage : « C’est toujours l’argent qui bloque. Moi j’aimerais aller au Canada parce que le marché du travail est immense, et que j’ai de la famille là-bas », regrette Chadni. Maurice ajoute : « Il y a aussi les documents administratifs. Au collège, j’aimais bien l’anglais, je voulais participer à un voyage en Angleterre, mais j’ai eu de petits problèmes de documents et je n’ai pas pu partir avec ma classe ». Sylvania aimerait partir au Brésil, où on parle portugais, comme au Cap Vert, son pays d’origine. Pour l’instant, pas question de voyager. Après quatre ans sans papiers, le récépissé de la préfecture dont elle dispose ne lui permet pas de quitter la France. On ajoute donc une ligne « papiers » à la liste des freins à la mobilité. Awa reprend : « La langue ! Moi je ne sais pas parler en anglais, et partout, il faut le parler : en Inde, en Afrique du Sud, en Angleterre, etc. ». La compétence est indispensable à Chadni, Maurice et Yannis qui veulent tous les trois être hôtes de réception en hôtel. D’ailleurs, chacun est déjà en stage, à l’hôtel Mercure ou à Disneyland Hôtel, mais le graal de l’anglais « fluent » (anglais parlé couramment) leur manque pour se faire embaucher. « Moi, j’ai peur d’être seule parmi les inconnus », avoue Géoralva. « Mais c’est toi l’inconnue pour ces gens. C’est toi l’étranger là-bas », lui rétorque Dismaël en rigolant.

« Le chocolat est meilleur »

Les feuilles volent entre les tables. Désormais, il faut dire ce qu’apporte le voyage. L’inspiration de Géoralva ne s’épuise pas : « Lorsque tu pars, tu ne respires plus le même air ». Sa voisine s’élève : « Ca te permet de t’enrichir culturellement, de t’adapter et de t’approprier une autre culture ». Pragmatique, Dismaël lance : « En Espagne, le chocolat est meilleur. Et puis il y a la mer ! ». Trois mots s’échappent de la table un peu plus loin : « Tolérance, curiosité, ouverture culturelle ». Une fois les idées épuisées, Snapchat gagne sa bataille contre l’attention.

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On change alors de salle. Ici, les groupes en sont à l’étape suivante : réfléchir ensemble à des solutions aux freins à la mobilité. En face de chaque problème marqué sur la grande affiche, un post-it « solution ». Barrière de la langue ? Regarder des séries dans la langue du pays visé. Problèmes d’argent ? Demander des subventions à la mairie, au BIJ (Bureau informations jeunesse), à la mission locale. Peur de perdre ses amis ? Les réseaux sociaux permettent de pallier le problème. Pour être raccord avec la thématique « citoyenneté européenne » de l’atelier, les animatrices des « Jeunes Européens » expliquent l’espace Schengen, la liberté de circulation, les droits de l’Homme etc. Elles essaient tant bien que mal de remotiver les troupes pour le clou du spectacle. Car pour clore l’après-midi, chaque groupe enverra son rapporteur pour poser une question aux trois députés européens invités pour l’occasion.

Le grand bain

Pascal Durand, député Vert, Pervenche Bérès et Christine Revault d’Allones, députées sociales-démocrates écoutent défiler les questions et les témoignages, mis en relief par Nora Hamadi. Les conseils et les encouragements fusent : il faut d’abord partir à deux ou trois avant de se lancer tout seul, pour apprendre à voyager et vaincre ses peurs. Vous ne parlez pas la langue du pays où vous voulez aller ? Tout le monde est passé par là, y compris les députés. « C’est en plongeant dans le grand bain qu’on apprend à nager », avance Pervenche Bérès.

Et la peur de l’inconnu ? « Qui parmi vous a un parent qui a immigré en France ? Ou les deux ? », demande Pascal Durand. Une forêt de mains se lève. Il reprend : « Moi, ma mère est venue en France chassée par le fascisme. Ma fille, en sortant de l’école, ne trouvait que des stages. Elle a décidé de partir à Londres, où elle bossait 43 heures par semaine pour un SMIC. Elle est revenue deux ans plus tard, en le mentionnant sur son CV, et elle a trouvé du boulot à Paris. Dans la vie, il faut savoir se mettre en danger. Nos parents l’ont fait pour nous, pour qu’on soit là. A nous de le faire pour nos enfants. La vie que vous allez avoir va dépendre de votre courage ». A l’issue de cette folle après-midi, j’étais moi-même prête à aller remplir mon formulaire aux associations, en demandant une dérogation (j’ai dépassé d’un an la limite d’âge). Les vrais jeunes, autour de moi, semblaient aussi plutôt convaincus par Erasmus +. Désormais, à eux de jouer, avec les ressources emmagasinées pendant cette demi-journée, pour surmonter chaque entrave sur leur chemin vers l’Europe.

Photos :@Franck Rondot

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